dimanche 16 décembre 2007

Les derniers des Karens

Je reviens tout juste d'un trek de trois jours absolument génial dans la région de Mae Hong Son, qui fut l'occasion de passer une nuit dans un village karen. Cela m'a permis d'achever en beauté mes quelques jours consacres aux ethnies du nord de la Thailande, notre guide chan maîtrisant par coeur la région et la connaissance des rites tribaux. Nous n'étions que trois, soit le nombre idéal pour rester discret et tenter de comprendre une culture millénaire qui, comme pour les autres ethnies, disparait petit a petit sous la pression de l'Etat thaïlandais et l'arrivée graduelle des technologies modernes

Il faut y arriver, dans ces villages perdus dans les montagnes qui bordent la Birmanie, au milieu du teck, des bambous, des arbres vraiment gigantesques et des cours d'eaux infranchissables jusqu'à ce qu'on les franchisse. Il n'y a tout simplement pas de touristes (tres different des treks a Chiang Mai), et les seuls âmes que l'on croise sont les chasseurs Hmongs et Karens - assez surréalistes puisque vêtus en habits traditionels et equipés d'un fusil de type XVIIIeme siècle (bien entendu, ils ne parlent ni Anglais ni Thai).

Le village dans lequel nous avons passe la nuit est encore très préservé car il n'est connecte a aucune route. L'agriculture y est dédiée a l'auto-subsistance et il n'y a pas de culture "d'exportation" a l'inverse des villages hmongs alentours (eux sont connectes par la route). Comme dans les coins les plus pauvres du Laos, les gens mangent de tout: oiseaux chasses au lance pierre, rats pris dans des pièges et sangliers tues a coup de fusil. Le village fait dans la monoculture de riz bien que chaque famille dispose de ses propres cultures rudimentaires (tabac, choux, oignons), tandis que le reste de la nourriture consiste d'animaux d'élevages, de piments et autres épices cueillies dans la jungle, de la chasse et de la peche (a mains nues). Comme l'a résumé le guide, ces gens la n'ont rien a vendre, mais rien a acheter non plus.

La plupart des karens sont encore vêtus d'habits traditionnels. Ci-dessus, une jeune célibataire - toutes les vierges du villages sont habillées en blanc (c'est pratique, je sais :-) - en séance de tissage. Les habits des femmes mariées sont vraiment superbes (ci-dessous), d'ailleurs l'ensemble des gens sont très beau. Les villages étant petits (10 a 20 familles en général), les problèmes de consanguinité sont évités par l'interdiction de se marier a un voisin. Il faut donc aller chercher un mari ou une fiancée dans les villages alentours (soit au moins 3 heures de marche pour aller voir sa copine!!!). Lors du mariage, les parents de la fille payent les parents du mari, mais celui-ci viendra habiter chez sa femme au moins jusqu'à ce qu'ils aient un enfant.

J'en reviens a mon titre quelque peu racoleur, dans la mesure ou on est loin de la fin des karens, l'une des ethnies les plus importantes de l'Asie du Sud Est avec plusieurs millions d'âmes (le principale d'entre eux réside en Birmanie, et plusieurs milliers vivent dans le Nord de la Thaïlande). En revanche, on peut clairement observer la fin progressive d'un certain rythme de vie, du a l'immersion progressive (mais difficilement condamnable!) de l'état thaïlandais depuis quelques années. Bien que le village dans lequel nous avons loge soit très préservé, certains changements y semblent déjà irréversibles. Une école a été construite il y a deux ans (les profs thai viennent le dimanche soir et repartent chez eux le vendredi), tandis que l'électricité a été introduite par un programme de panneaux solaires finances par le gouvernement (voir photo ci-dessous). Il semble probable que dans une dizaine d'années, ce village connaisse une évolution similaire aux villages hmongs alentours - connectés par la route, ils se sont tournés vers les cultures d'exportation et on peut y voir des pick-up Nissan et Toyota, tandis que de plus en plus de jeunes, éduqués et parlant le thaïlandais, se tournent vers les villes.

On en est pas encore la - pas de - mais il faut donc depecher se pour aller voir ces ethnies du Nord de la Thailande, en attendant l'ouverture de la Birmanie au tourisme et la fin des conflits ethniques dans ce pays. Enfin, un mot sur l'influence du tourisme sur les tribus, qui lui aussi change le rythme de vie des villageois. Bien que dans la region de Chiang Mai le tourisme est atteint des proportions inimaginables , il reste encore correcte dans la region de Mae Hong Son - environ un groupe de touriste (3-4 personnes) par mois dans le village que nous avons visite. Le guide paye aux village la somme de 150 (3 Euros) par touriste dormant dans le village, et leur donne un peu de nourriture. Les villageois ne chercheront pas a vous vendre quoique ce soit, mais les dons de fringues (genre le manteau que vous avez pour la nuit) sont très appréciés . Au final, quant il est mesure, on a l'impression que le tourisme a une effet positif - il permets de préserver les coutumes tout en fournissant quelques devises a une population pauvre. Rien a voir avec le trekking a Chiang Mai...

Quelques conseils pour le trekking dans le Nord de la Thaïlande:

- A Chiang Mai, les treks sont sympa, mais attendez vous a trouver coca, bière etc. a votre arrivée au "village tribal". Les groupes sont larges (10-15 personnes), et souvent les guides sont assez incompétents sur les ethnies. Bien que vivant dans le village, vous risquez de croiser peu de villageois, et le tourisme sera le source de revenu numéro 1...
- Pour cette raison, je recommande la boucle Pai-Mae Hong Son - Mae Sariang, bien moins touristiques, archi-authentique et encore plus jolie...a Mae Hong Son, je recommande Mr. Dam, près du post office ("Narim tours").
- Pour ceux qui s'intéresse aux ethnies du Nord de la Thaïlande, on trouve très peu de bouquins sur le sujet. J'ai fait beaucoup de librairies a Chiang Mai et le meilleur choix semble être
The Non Tai Speaking People: Ethnic Groups of Thailand par Joachim Schliesinger, pas mal fait et bien fournit. Il coûte cher en Thaïlande (20 Euros)...

4 commentaires:

Tom a dit…

Ahahahah "immersion non condamnable", le Manu qui a failli se retrouver du côté de la minorité assimilée, et qui s'est repris à temps :D Beau réflexe Jacobin ;)

tom

Tom a dit…

Pour la Mongolie c'est ici

http://istanbuldakitom.blogspot.com/2007/12/petit-bilan-mongol.html

mais pas encore de photos :(

Anonyme a dit…

Sympa le coup de tenues selon ton célibat, ca permet de gagner du temps ;-)
En tout cas, le coin semble joli... Profite!

L&F,
Olaf

PS : même au fin fond de l'univers, club de merde, va ;-)

Anonyme a dit…

Well said.